Svalbard (9/10) - De l'espoir dans l'écume des flots...


L'aventure touche à sa fin mes amis, nous le ressentons tous... 

Ce matin, les sourires ne sont pas au rendez-vous. Le vent, lui, est toujours là. Il souffle inlassablement sur le camp. Tout le monde attend en silence, emmitouflés dans nos blousons, les yeux rivés sur Aurélie. Car c'est à elle que revient la décision : partirons-nous aujourd'hui ?  Notre guide a appris à nous connaître ; elle n'ignore pas le caractère impétueux de certains, ni les élans de "Man VS Wild" des autres. Elle scrute l'horizon, inquiète. "Nous allons essayer." Elle n'a pas besoin de répéter. Ni une, ni deux, nous entamons la longue phase de "démontage" du camp. Après avoir péniblement enfilé nos combinaisons, nous nous jetons à l'eau. Les vagues nous repoussent sur la côte comme pour nous mettre en garde : "Ne prenez pas la mer, pauvres fous!" Mais nous sommes têtus, et nous lançons coûte que coûte à la poursuite de notre objectif : arriver à Longyearbyen dans 3 jours.


Après 4 heures de route, nous arrivons enfin au niveau de la plage des maisons des trappeurs qui, souvenez-vous, se trouvait à 4km du camp de Svettitel. Oui, 4km/h fût notre vitesse ce matin là.
Néanmoins, nous ne pouvons nous arrêter là, si près des maisons et sans eau douce... Alors, nous continuons, nous avançons. Sur notre gauche, les falaises ; sur notre droite, le large ; derrière nous, les maisons de bois dont la fumée s'élevant des cheminées semble nous narguer. Et, face à nous, le Kapp Diapasodden. C'est lui que nous aurions visé si les conditions avaient été bonnes. Là, nous sommes moins ambitieux, et espérons atteindre un cap plus petit, et surtout plus proche.

La mer se déchaîne et nous nous démenons comme nous pouvons pour ne pas prendre les vagues de côté. La peur de se retourner se lit sur les visages de certains. À 1km de la côte, sur l'Océan Glacial Arctique, comment faire si nous chavirons ? La jupe se retirera-t-elle facilement ? Aurélie ne semble pas rassurée non plus. Elle espérait que le temps devienne plus charitable, mais la force du vent n'a fait qu'augmenter, et les vagues s'amplifient encore...
Soudain, quelque chose effleure nos pagaies. Edouard plante la sienne dans l'eau, et s'écrit : "Eh ! Il n'y a pas de fond!" Est-ce donc encore une plaisanterie visant à apaiser nos craintes ? Instinctivement, nous l'imitons tous. Des rires commencent à se faire entendre : nous sommes au dessus d'un gigantesque banc de sable
Ça y est, la panique s'est évaporée, nous ne craignons plus rien ; Aurélie peut enfin se détendre. 

Anecdote du jour : le niveau de l'eau était si bas que les kayaks les plus lourds raclaient le sable !

Quand enfin nous sortons de ces eaux marronâtres, le soleil fait son apparition et les bourrasques de vent s'atténuent. La mer continue d'écumer encore un peu, nuages blanc sur un ciel bleu marine.

De l'écume ? Vous êtes sûrs ? 

Vidéo GoPro (donc très grand-angle, ce qui explique pourquoi on ne voit pas très bien les Bélougas. En réalité, ils étaient à moins de 3 mètres des kayaks!). Marion s'excuse d'avoir filmé si "penché" ! (manque de pratique...)


Vous l'avez compris, nous avons vu quelques fantômes... Les bélougas, ou "baleines blanches", sont des mammifères marins. Ils vivent habituellement en groupe de 5 ou 6, correspondant à leur "famille". Ici, ils étaient au moins 50. Pourquoi autant d'un coup ? Pourquoi allaient-ils tous dans la même direction ? Pourquoi, eux qui sont curieux et joueurs, n'ont-ils pas prêté attention à nous ? Nous n'avons pas vraiment de réponse à toutes ces questions, mais l'hypothèse d'une migration semble la plus probable.

Vous imaginez-vous, navigant avec une espèce de baleine en voie de disparition ? Vous imaginez-vous regarder à l'horizon, et voir des dizaines de dos blancs sortir de l'eau ? Vous imaginez-vous avancer vers le soleil, accompagné d'une faune incroyablement riche et diversifiée?


C'est après cet instant privilégié et inoubliable que nous avons atteint le "petit cap". Nous prévoyons de nous y installer pour la nuit, puisque la mer est toujours agitée.





Cependant, il n'y a aucun point d'eau douce à proximité. Les petits ruisseau qui s'écoulent jusqu'à l'océan sont salés (Vincent a goûté!), alors il nous faut trouver autre chose. 

Après le repas, nous partons nous promener dans la vallée voisine. Le but sous-jacent de cette randonnée improvisée étant bien entendu de trouver de l'eau...

Ce n'est pas de l'eau que l'on trouve en premier, mais une petite cabane abandonnée. Yoan, téméraire, ouvre la porte... La cabane est aménagé pour une personne : un lit, un poêle rudimentaire et quelques ustensiles de cuisine. Vu l'état avancé de la rouille, personne n'est venu là depuis longtemps. 



Quelques pas après, nous faisons une autre découverte. Mais qu'est-ce donc ?







Une vertèbre de baleine, assurément. La baleine étant une espèce protégée, nous n'avons pas le droit de faire sortir du territoire un ossement. Il en est de même pour les ours blancs.

Plus nous montons, et moins nous pouvons nous empêcher de regarder derrière nous. Jean-Sébastien scrute l'océan avec ses jumelles,et nous informe qu'il croit avoir vu quelque chose... Ressemblant à une baleine. À partir de ce moment, et jusqu'à ce que la mer disparaisse de notre vision, nous marcherons à reculons, dans l'espoir d'apercevoir l'un des plus grands mammifères au monde. 





Mais lorsque nous nous résignons enfin et que notre regard suit à nouveau le sens de la marche, on découvre bien d'autres merveilles.



La petite maison dans la prairie ?
Et nous voilà arrivés dans la vallée. Coincée entre les montagnes portant les neiges éternelles, elle s'ouvre, immense comme l'univers, face à nous. Nous restons un moment sans voix, essayant de voir le plus loin possible si une autre fabuleuse surprise nous attend... Un ours ?


  

Photo de groupe, en arrivant dans la vallée.



Ce n'est malheureusement pas un ours qui nous trouvera, mais un renne. Celui-ci est jeune, et très curieux ! Il traversera presque toute la prairie pour venir à notre rencontre, marquant tout de même quelques pauses pour être sûr que nous ne sommes pas dangereux. Mais peut-être est-ce Yoan, avec son déguisement de renne ultra réaliste, qui l'a attiré ?
 


Au milieu de tant de beauté, nous n'avons toujours pas trouvé d'eau douce... Nous rejoignons donc la plage, tentant d'ouvrir un peu mieux les yeux pour pouvoir continuer à vivre... Nous trouvons effectivement un petit ruisseau qui ferait l'affaire, même si l'eau n'est pas aussi limpide que celle qui coulait du glacier de Tempelfjord. Nous nous en contenterons, cela ne saurait être pire que l'eau du lac de Brucebyen...



Nous sommes de retour auprès des kayaks, et nous nous apprêtons gentiment à monter le campement quand Aurélie nous stoppe. Elle a une proposition à nous faire, et celle-ci est à prendre en considération. L'océan s'est calmé, et il serait envisageable de reprendre la mer. Le Kapp Diapasodden se trouve à environ 8km de là, et si nous ramons bien, nous pourrions y être dans 1h30. Nous n'avons toujours pas de montre, et nous ignorons s'il est tard, mais nous sommes tous d'accord pour avancer encore. Parce que nous savons pertinemment que si nous n'atteignons pas ce cap ce soir, nous n'avons aucune chance de terminer le circuit. La décision est prise, nous nous élançons sur les flots pour une dernière danse avec l'Océan Arctique.



Nous arrivons au cap sans trop de mal, tant l'instant est magique. Aurélie lit dans nos yeux émerveillés que nous n'en avons pas assez, pas encore. "Si vous vous en sentez la force, on peut essayer de passer le cap. C'est un passage difficile, mais comme les conditions sont relativement bonnes, on pourrait en profiter". Alors, profitons-en. Nous contournons la falaise aux oiseaux, les yeux levés vers le ciel. Au milieu des rochers, une forme blanche apparaît. Non, ce n'est toujours pas l'ours que nous désirons tous voir malgré la peur qui nous submerge quand on pense à lui, mais un autre renne. Plus vieux, plus massif. Il ne nous remarque même pas, continuant de brouter la mousse éparse au milieu des rochers.



Enfin, nous arrivons de l'autre côté du Kapp Diapasodden. La plage pour accoster est minuscule, et les rochers sont présents partout. Mais après avoir porté les kayaks assez haut pour que la marée ne les atteigne pas, nous grimpons le long de la petite colline pour découvrir à quoi ressemble notre nouveau chez-nous...

Havre de Paix
Ainsi, c'est à une distance raisonnable de l'habitation que nous plantons nous tentes.

   
   

Mais nous ne sommes pas les seuls à trouver cet endroit charmant. En effet, nous avons un colocataire! Il paraît plus jeune que ceux que nous avons vu auparavant, mais Aurélie nous maintient que les Renards Polaires du Svalbard sont vraiment petits, et que celui-ci pourrait bien être adulte.Toujours est-il que notre ami gourmand avait déniché une peau de renne, et que celle-ci avait l'air de lui faire un merveilleux repas !

    




La nuit de garde est agitée, parce qu'emplie de réflexions. Le lendemain sera la journée qui décidera si oui ou non, nous arriverons à Longyearbyen en kayak ; si oui ou non, nous irons au bout de notre périple arctique.






→ Dire au revoir au Grand Nord au sommet du Monde
→ Retour au confort de Longyearbyen



La Faute Au Graph

« Vous avez la capacité de voir les choses à travers un prisme qui rend le monde plus beau. »

8 commentaires:

  1. Sublime !!!
    Vos photos, ce récit terrifiant et magique à la fois, on est transporté, de tout coeur avec vous... J'imagine à vous lire la dureté des conditions, l'épuisement. Ce ne sont pas des vacances normales, il y a un caractère de défi qu'on a du mal à imaginer dans le confort de sa maison française... j'imagine qu'il y a eu des moments de "mais qu'est ce que je fous là ?"
    J'ai été happée par votre récit, vraiment, et sonnée !
    Le danger, le froid, la solitude, cela me fait penser à un roman que j'ai adoré, "Soudain seuls", d'Isabelle Autissier. C'est l'histoire d'un couple qui part faire le tour du monde en bateau et se trouve coincé sur une île déserte aux Kerguelen. C'est dur, terrible, ça m'a bouleversée, je l'ai lu d'une traite, et je pense que vous pourriez adorer ! http://www.babelio.com/livres/Autissier-Soudain-seuls/715595
    Sinon... vous êtes abonnés aux renards arctiques ! Quelle chance inouïe ! Mais à chaque fois, vous les méritez, vous payez chèrement ces rencontres suspendues hors du temps. Quelle merveilleuse récompense, je suis éblouie.
    Bonne soirée, au plaisir de vous lire très vite !

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    1. Merci ! :D
      Oui, c'était réellement un défi pour moi, parce que je ne m'en sentais pas capable au départ... C'est Vincent qui m'y a poussé, et il a eu raison! Même si, effectivement, je l'ai détesté à plusieurs instants. Dans ces moments "qu'est-ce que je fous là" notamment, où je lui hurlais dessus qu'il n'aurait jamais du insister autant pour faire ce voyage au rythme soutenu, qu'il m'avait surestimée et que je ne prenais aucun plaisir à être ici. Mais j'étais de mauvaise foi, et c'est le mauvais temps qui parlait à ma place. Parce que le Svalbard était un rêve de petite fille (c'est le royaume des ours en armures de "À la Croisée des Mondes", de Philip Pullman ; une saga jeunesse que j'avais dévorée étant petite), et qu'il répondait à mes attentes. Cependant, contrairement à ce qu'on pourrait penser, c'est réellement la journée pour arriver à Svettitel qui a été la plus dure pour moi. Là, je savais que le voyage touchait à sa fin, et je réalisais enfin la chance que j'avais d'être ici, alors j'abordais les problèmes avec plus de légèreté.
      Oh, je vais essayer de me procurer ce livre rapidement alors! Merci du conseil !
      Oui, et ça tombe bien, parce que ce sont nos rencontres préférées. Et les plus jolies photos restent à venir... ! (Mais je n'en dis pas plus !)
      Merci beaucoup pour ce touchant commentaire, ça me fait toujours chaud au coeur de te lire, et m'encourage à rattraper tout le retard que j'ai pris sur mes articles.
      Bonne journée, à très bientôt!

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  2. Tout simplement magnifique !
    Ça fait un moment que cette destination nous appelle, ton récit ne fait que nous donner encore plus envie... Ça a l'air si sauvage, et cette rencontre avec le renard... magique !

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    1. Merci !
      C'était assez magique, en effet :) Je vous recommande chaudement le Svalbard si comme nous, vous aimez la nature, de dépaysement et la tranquillité... C'est une destination parfaite pour combiner les trois ! Je suis contente que notre récit vous ait donné envie, et je vous remercie pour votre commentaire qui nous fait extrêmement plaisir! Bonne soirée :)

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  3. Ouah ! Le grand Nord !
    Des photos sublimes, et malgré la difficulté évidente du voyage, ça donne envie de faire la même... Pour l'instant mes pieds m'ont plutôt emmenée vers des destinations un peu plus tropicales, mais le nord m'attire quand même, et ça donne envie !
    C'est tellement sauvage, tellement beau, tellement envoûtant.

    Bravo en tout cas. Voilà qui me donne envie de vous suivre !

    Et ce moment avec les renardeaux a du être si magique ! De véritables petites peluches qui ont l'air pleines de vie !

    Je vous souhaite une bonne continuation, à bientôt :)
    Nastasia

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    1. Au début, jamais je n'aurais pensé que les pays du Nord me plairaient autant... Mais une semaine en Islande a suffit à me convaincre !
      Le voyage était difficile par moment oui, mais c'était tellement privilégié de se trouver là où personne n'était que malgré la fatigue et les muscles endoloris, on n'en a pas perdu une miette ;)
      Merci beaucoup Nastasia pour ce gentil commentaire, il me fait chaud au coeur. :)
      À très vite!

      Marion

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  4. Depuis toujours je suis attiré par les pays chauds et les déserts mais je me sens de plus en plus attiré par les pays du nord et les pôles. Je rêve d'aller au Groënland !
    Cet article me pousse davantage à aller explorer cette partie du monde !
    Et le kayak avec les belugas, c'est un truc de dingue, sensations fortes garanties :)
    Les renardeaux sont tellement mignons, on a envie de leur faire des câlins !!
    Je vais continuer ma découverte de vos articles !
    Alexis

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    1. Merci Alexis pour tes retours et commentaires, ils nous font très plaisir :)
      Moi aussi, j'étais attiré par les pays chauds, mon père étant passionné d'Afrique. Mais Vincent m'a fait découvrir une autre facette du monde, et je suis tombée amoureuse du Nord depuis notre découverte de l'Islande ! Le Groenland est aussi un rêve pour nous...
      Oui, le moment avec les belugas nous a vraiment redonné espoir : nous avions froid et étions fatigués, nous rêvions de poser pied à terre et de boire un thé bouillant. Les Belugas sont apparus et pouf, c'était magique, toute la mauvaise humeur s'était envolée !
      Le renard, ça a été la cerise sur le gâteau. Une vraie peluche :)
      Merci encore de ton passage, et à bientôt !
      Marion

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Bonjour, et merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout !

Ici, vous pouvez laisser vos impressions, émettre des suggestions, et même nous dire ce qui ne vous a pas plu ! Nous sommes ouverts à toute critique, quelle qu'elle soit, pourvu que ce soit un avis sincère et constructif.
Bonne continuation, et à bientôt sur le blog de La Faute au Graph !

V&M