Svalbard (10/10) - Entre ciel & terre, au sommet du Monde.


La veille, nous nous sommes couchés le sourire aux lèvres. La journée qui avait si mal commencé avait bien terminé : nous avions atteint notre objectif, Kapp Diapasodden. À présent, il ne nous reste plus que 30km avant Longyearbyen, et deux jours pour les parcourir. Autrement dit, deux bonnes journées de kayak. Tout est encore possible.



Au matin, le soleil qui ne s'est jamais couché brille au dessus de nos têtes. Notre premier réflexe en sortant des tentes est de scruter l'horizon, afin d'interpréter les signes venant de la mer. Le bleu de l'Océan est parsemé de petite pelotes blanches, nous indiquant que l'avancée ne sera pas de tout repos. Le vent glacial de l'Arctique souffle sur nos visages. Nous nous rendons à la tente Mess où nous attend déjà Aurélie ; le petit déjeuner est prêt. Notre traditionnelle tasse de thé à la main, nous attendons les instructions de notre guide. Aurélie sort ses cartes :

"Comme vous avez pu le voir, la mer est encore assez agitée, et avec ce vent de face, nous avancerons doucement : vous vous rappelez d'hier. Nous sommes là, Longyearbyen est ici, à environ 30km. À moins que demain les conditions soient exceptionnelles, je ne pense pas que nous arriverons à Longyearbyen à temps. Surtout que, d'après Martin, il y aura encore un fort vent de face."

Chacun de nous ressent une immense déception. La frustration d'être si près du but sans pouvoir l'atteindre nous pousse à plaisanter : on les connait les prévisions de Martin, elles ne reflètent pas vraiment la réalité !
N'empêche que... Nous savons qu'Aurélie a raison. Par conséquent, deux possibilités s'offrent à nous :
- Soit nous prenons la mer coûte que coûte et tentons d'avancer le plus possible au risque de nous fatiguer, et tout en sachant que l'on arrivera pas à Longyearbyen ;
- Soit nous restons ici, à Diapasodden, et allons randonner aux alentours. Un zodiac viendra nous chercher le lendemain matin pour nous ramener à Longyearbyen.

Nous sommes devenus tous très silencieux. Aurélie nous indique un point sur la carte : Marhogda 365m d'altitude, autant de dénivelés (puisque nous sommes au niveau de la mer). Une randonnée qui pourrait nous permettre d'avoir une dernière vue d'ensemble sur le Svalbard, et de lui dire "Adieu" dignement.


La fierté de la veille a disparu, et nous devons nous rendre à l'évidence : le pari est perdu.
Nous nous résignons, et abandonnons les kayaks contre les chaussures de marche. Nous n'arriverons pas en héros dans la baie de Longyearbyen, mais nous ne sacrifierons pas notre dernière journée à ramer dans le vent.
Jean-Sébastien, qui a déjà fait le Tour d'Isfjord par le passé, nous rassure : nous avons vu le plus beau et nous avons même eu la chance de rejoindre Tempelfjord. Le reste du trajet, nous l'avons vu à l'aller, ce sont principalement des falaises.

Le casse-croûte emballé, nous commençons l'ascension. Et plus nous nous élevons, moins nous regrettons notre décision. Les 5 Glaciers se dressent devant nous, froids et silencieux, comme figés dans le temps. Mais nous le savons, ils sont tout sauf immobiles.

Au plus profond d'eux, ils grondent, ils s'effritent, ils bougent, ils vivent.




 





Nous arrivons au sommet, et pique-niquons là haut, entre ciel et terre, sur le toit du monde. D'autres montagnes nous entourent, plus hautes, plus imposantes, et plus dangereuses. Elles nous narguent, n'attendant qu'une chose : être explorées.







Nous sommes redescendus sur Terre en suivant tour à tour les rennes et les oiseaux. Ces derniers nous conduisent jusqu'à leur falaise, simplement nommée "Falaise aux Oiseaux". Labbes, Mouettes Arctiques, Pétrel Fulmar, Goélands... Tous se laissent porter par le vent, rasant tantôt la mer, tantôt la roche abrupte. Nous restons un moment là, tout près du vide, à les photographier. 



   


Labbes

   

Pétrels Fulmars

Goéland


Lorsque nous retournons au camp, nous nous rapprochons de la mer une fois encore. Nous admirons le Svalbard, les montagnes et les glaciers, ces terres sauvages où aucun arbre ne s'interpose entre vous et l'horizon. La vue est dégagée : le vent qui souffle dans vos cheveux vous fait perdre l'équilibre, et quelques rayons de soleil généreux viennent réchauffer votre corps engourdi par le froid. Tant de beauté, tant d'authenticité vous font frissonner. Parce que vous savez que ce moment ne reviendra pas, que vous n'aurez peut-être plus jamais la chance de vous trouver là, vous appréciez cet instant encore plus que tous les autres.





C'est à peine sortis de nos rêveries qu'une apparition onirique entre en scène, encore plus vrai que tout le reste. Notre ami renard est toujours là. Le soleil descendant du soir nous offre une heure dorée encore plus belle que les autres jours. Nous nous rapprochons de notre invité, immortalisant définitivement cette aura mystique qui entoure les créatures du Svalbard.





Le lendemain matin, nous préparons nos affaires au mieux, les entassant pour les faire rentrer dans les sacs gravas ayant perdu leur imperméabilité au fil du temps. Quand le zodiac arrive dans la crique, nous sommes plus ou moins prêts. Nous chargeons les sacs, et nous installons dans le bateau, notre billet de retour au monde des mortels.


À Longyearbyen, nous avons retrouvé le confort d'une douche, de toilettes, de chauffage, et de matelas. Mais déjà, l'odeur du bois flotté brûlé nous manquait. Nous avons fait nos Adieux à Aurélie avant de nous retrouver tous une dernière fois autour d'un ragoût de renne et d'une bonne bière. Le lendemain, nous nous sommes levés très tôt. Nous avons laissé Edouard et J-S à Oslo, Yoan, Rémi, Julie, Fred et Béranger à Paris, et sommes arrivés à Lyon vers 23h00.



* * * 

C'est toujours comme ça, à la fin d'un grand voyage : vous êtes heureux de rentrer, de retrouver votre chez-vous, mais vous ne pouvez pas vous empêcher de penser à ce que vous avez vécu là-bas, au delà des frontières. Même si nous avions retrouvé la chaleur de l'été français, nos esprits étaient restés au Svalbard. Allongés sur le bord de la piscine, nous rêvions de bélougas, de renards polaires, de paysages désertiques et de mer houleuse. Chaque fois que l'on nous posait la question, nous répondions : c'était fou. Et nous racontions nos histoires, avec un entrain démesuré. Quand arrivait la fin de nos récits, les gens demandaient toujours : "Et l'année prochaine, où partez-vous ?"
Aujourd'hui, nous savons.




Mongolie, le rêve d'une vie


La Faute Au Graph

« Vous avez la capacité de voir les choses à travers un prisme qui rend le monde plus beau. »

10 commentaires:

  1. Magnifique ! Je suis une inconditionnelle de vos photos de renards. Vraiment, ils sont magiques - cette lumière sur leurs poils, cette expression..
    La phrase sur les glaciers qui vivent m'a donné le frisson ! Et j'ai ressenti avec vous cette nostalgie des lieux extraordinaires, ce vertige, quand on se dit "ceci est un point unique sur la carte de ma vie, je ne reviendrai jamais ici à nouveau"... On meurt un petit peu quand on quitte ces endroits.
    (Juste une question : je dois ne pas avoir les yeux en face des trous, mais sur FB, vous annonciez que votre prochaine destination serait révélée dans l'article ? où ça, j'ai pas vu ? je suis curieuse !)
    Passez une belle journée.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci beaucoup Alexandra, ton commentaire nous fait chaud au coeur ! Comme dit Vincent, on ne sait pas de quoi la vie est faite, et il est possible que nous retournions au Svalbard dans le futur ;) Mais c'est vrai, chaque instant est éphémère et nous ne le revivrons surement pas comme ça.
      (Ahah, c'est un peu caché, pour laisser un peu de suspens... Il y a un lien qui t'emmène sur notre projet de cet été, dernière phrase de l'article !)
      Passe une bonne journée également, et au plaisir de te lire encore!

      Supprimer
  2. Magnifiques photos, j'aime spécialement le renard! En tout cas ça donne envie d'y aller, ça a l'air d'un calme! Apparemment par contre il vaudrait mieux venir bien équipé...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci beaucoup, ton commentaire nous fait très plaisir ! Oui, pour être au calme c'est parfait : en 11 jours, nous n'avons croisé que deux fois d'autres gens (à Pyramiden, puisqu'il y a des visites guidées, et des gardes côtiers). On était tranquilles là haut ! ;)
      Nous étions bien équipés oui. La plupart du matériel nous était prêté par l'organisme avec lequel nous partions et nous avions ressortis nous vêtements de ski !

      Supprimer
  3. LE RENARD *o* . Vous avez vraiment eut de la chance de voir tous ces animaux dans leurs milieux naturel... Quand je vois qu'il existe encore des terres sauvage comme Svalbard, on rêve vraiment d'y aller, surtout quand on voyait les transports qui s'y rendait :p
    Elles sont super cool vos photos en tout cas (surtout le renard, oui je suis amoureuse ! )

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, on a eu de la chance, mais on l'a provoquée ;) parce qu'au Svalbard, nous étions sûrs d'observer des oiseaux et des rennes, et apparemment les renards sont très fréquents aussi.
      Je vous souhaite réellement d'y aller, c'est une expérience formidable ! Le monde est figé hors du temps là haut...
      Merci beaucoup, ça me fait réellement plaisir ! :D (c'est ma photo préférée de tous les temps celle du renard, celle dont je suis le plus fière ^^)

      Supprimer
  4. Quelle magie ! Je comprends que la déception ait vite été oubliée face à d'aussi beaux paysages ! J'aime beaucoup ta prose, et tes photos sont toujours aussi belles, votre voyage devait être hallucinant !! J'espère que j'arriverai à mettre de côté pour pouvoir y aller un de ces jours, ça me tente beaucoup !! Le retour est toujours un moment difficile, je ressens la même chose que toi, entre la joie de retrouver son nid douillet et l'excitation de pouvoir tout raconter, mais le sentiment de laisser un petit morceau de soi là-bas... Merci pour ce super article, c'est un plaisir de te lire !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci beaucoup pour ta gentillesse, ça me fait vraiment plaisir que tu aimes ces articles, et de t'avoir donné envie d'y aller toi aussi. J'espère que tu le feras, que tu découvriras les merveilles du Svalbard ; je suis sûre que tu adoreras!

      Supprimer
  5. Je crois qu'il n'y a pas de mot(s) pour décrire à quel point... c'est beau. ♥

    RépondreSupprimer

Bonjour, et merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout !

Ici, vous pouvez laisser vos impressions, émettre des suggestions, et même nous dire ce qui ne vous a pas plu ! Nous sommes ouverts à toute critique, quelle qu'elle soit, pourvu que ce soit un avis sincère et constructif.
Bonne continuation, et à bientôt sur le blog de La Faute au Graph !

V&M